L'énigme : reconnaissez-vous cette maison ?
La Clémentière
Enigme trouvée par l'équipage des Corsaires de Granville !

Extrait du livre "Un grand marin Pléville Le Pelley, le corsaire à la jambe de bois de M. Collignon
"Gambadant moins d'une lieue, le garçon allait retrouver au Manoir ses cousins, ou tout à côté à la "Clémentière", charmante maison de plaisance bâtie sous Louis XIII, avec de hautes fenêtres cintrées et dont l'enchevêtre de l'escalier monumental à la Française supportait d'un seul jet jusqu'à l'étage une vingtaine de marches de granit, jouxtant le château de Grainville, son colombier et la chapelle, il y faisait bon respirer Ie parfum des fleurs et des champs. Les Longueville CIémentière louaient ce lieu à Hervé de Pléville qui, à l'automne de 1738, tomba gravement malade. Mal- gré le repos, le 20 avril 1739, le marin s'y éteignait. Georges-René Le Pelley était orphelin. Sa belle-mère, veuve Blanquerie, dissipa le peu de bien restant. Un conseil de famille partageait la tutelle entre elle et les deux oncles : l'abbé Dumanoir et Tilly Le Pelley."
Un secret gardé aux portes de Granville
On passe à côté sans la voir. À quelques minutes des remparts de la Haute-Ville, entre Saint-Pair-sur-Mer et Saint-Planchers, la Clémentière a résisté à la ville. On y trouve des prairies naturelles, des zones humides, des chemins ombragés, quelques fermes et une gentilhommière qui semble figée dans le temps.
Ce n'est pas un décor. C'est l'un des derniers morceaux du bocage qui entourait autrefois la cité corsaire, et un refuge pour des espèces protégées. Derrière ses haies, il y a trois siècles d'histoire granvillaise : des armateurs, un capitaine de marine mort loin de sa maison, et un escalier qu'on n'oublie pas.


Né dans l'ombre d'un fief millénaire
Tout commence juste à côté, à Grainville. Au XIe siècle, ces terres font partie du vaste domaine de l'ancienne abbaye de Saint-Pair, donné aux moines du Mont Saint-Michel. Une motte féodale surveille la vieille route et l'église Saint-Nicolas lui fait face.
En 1054, un certain « Reginald de Grandville » signe comme témoin une charte ducale. Pour certains historiens, ce fief aurait donné son nom à la ville elle-même.
En 1252, il passe à la puissante famille d'Argouges.
La Clémentière grandit dans cet environnement. Aujourd'hui encore, le logis, le colombier et l'ancienne église Saint-Nicolas forment un même ensemble, protégé au titre des Monuments historiques depuis 1980.
La demeure des armateurs Longueville
Dès 1687, les Longueville figurent parmi les familles d'armateurs qui font la fortune du port de Granville, aux côtés des Le Pelley. Une branche de la famille prend le nom du lieu : en 1760, les registres de Granville mentionnent François Longueville, « sieur de La Clémentière », bourgeois de la ville.
Quand le logis a-t-il été construit ? Les sources ne sont pas d'accord. Pour les uns, il date du règne de Louis XIII ; pour les autres, les Longueville l'ont bâti au XVIIIe siècle.
Une chose est sûre : son escalier monumental à balustres de bois occupe à lui seul un tiers de la maison. Pour une famille d'armateurs, c'était une façon d'afficher son rang, et cet escalier est aujourd'hui protégé.


20 avril 1739 : la mort du père de l'amiral
C'est ici que serait mort Hervé Le Pelley, sieur de Pléville, capitaine de marine et bourgeois de Granville, âgé d'environ quarante ans aux côtés de sa seconde épouse, Marie Le Virais. A cette date, les époux avaient trois enfants : Georges-René, la toute jeune Jeanne Pierrette Louise, et une autre jeune fille, enfant du couple Hervé et Marie, dont le nom n'a mystérieusement pas été revélé (indiqué "anonyme") dans le registre de la paroisse de Granville à son décés le 21 février 1740.
Hervé ne meurt donc pas chez lui, rue Saint-Jean à Granville, mais « à la Clémentière, paroisse de Saint Pair », alors propriété de « Monsieur de Longueville ».
Le curé de Saint-Pair autorise le transfert du corps, et Hervé est inhumé le lendemain à Saint-Nicolas, la chapelle qui dépendait de Granville.
Pourquoi était-il là ? Maladie comme l'évoque les historiens, rejet de sa seconde épouse par les notables de Granville comme le montre certains actes... Cela reste une énigme, et une raison de plus de continuer à chercher dans les archives.
Archives départementales de la Manche, 5 Mi 1439, registre de Saint-Nicolas-près-Granville, années 1720-1741, Folio 245, vue 267/313
"Hervé Le Pelley, sieur de Pleville, bourgeois de Grandville et Capitaine de marine, âgé de quarante ans ou environ, décédé d'hier à la Clémentière, paroisse de St Pair, a esté, par permission et du consentement de Me Laurent Renault, curé de St Pair, en datte du vingt du présent mois, inhumé par nous vicaire soussigné le vingt et un d'avril 1739, présence de Me Léonard Le Caillebot et Me Charles François Clément, prêtres et vicaires de Grandville."
