L'énigme : quels sont les prénoms de tous les frères et soeurs de Pléville ?
La fraterie
Enigme trouvée par la corsaire Béatrice du Calvados

Sept berceaux, deux survivants
Si tous les enfants de Hervé Le Pelley avaient survécu, voilà ce qu'aurait pu être la fraterie complète le jour de l'embarquement de Georges René sur le Comte de Torigny en avril 1739.
George René allait avoir 13 ans en juin. Jeanne Yvonne allait avoir 12 ans en août. Le frère Nicolas avait tout juste 10 ans depuis janvier. La première soeur anonyme aurait eu 8 ans à cette date.
La soeur survivante, Jeanne Perrette Louise, avait, également en janvier, fêté son anniversaire, celui de ses sept ans.
La première fille du couple Hervé et Marie, morte à la naissance, aurait eu 3 ans en septembre. Et enfin la deuxième fille, elle aussi curieusement anonyme et encore vivante en avril 1739, allait avoir 2 ans en août.
Jeanne Yvonne, naissance, déchiffrage de l'acte des archives départementales de la Manche, vue 20/52, registre 5 Mi 686, 1727-1728.
"Jeanne Yvonne Le pelley, fille de M[onsieu]r Hervé Le pelley S[ieu]r de Pléville, et de d[am]e Jeanne Belliard, nee le 19 [août], a été baptisée le 20e août 1727
par moy vicaire soussigné, et nommée par dame [Ma]rie Guyonne Gigou[?] ‑ [rature] ‑ epouse du s[ieu]r Dez Fontenelles, [assistée] de Jean Quinette, c[apitain]e de la Hogue."


Jeanne Yvonne, décès, déchiffrage de l'acte des archives départementales de la Manche, registre paroissial 5 Mi 686, liasse 1727-1728, vue 20/52.
"Jeanne Yvonne Le pelley, fille de Monsieur Hervé Le pelley Sieur de Pléville, et de dame Jeanne Belliard, née le 19 août, a été baptisée le 20e août 1727 par moy vicaire soussigné, et nommée par dame Marie Guyonne Gigou, épouse du sieur Des Fontenelles, assistée de Jean Quinette, capitaine de la Hogue.
Signatures : marie guyonne gigou de Fontenelle ; Asseline ; J. Quinette"
Nicolas, naissance, déchiffrage de l'acte des archives départmentales de la Manche, vue 5 Mi 686, liasse « 1728 », folio E 41
"Nicolas Le pelley, fils de Hervé le pelley S[ieu]r de pleville
et de d[emois]elle Jeanne Belliard sa légitime épouse, née le 19 janvier1729 a été baptisé le 20e dud[it] mois par moy soussigné
curé de grandville pour la première et plus grande portion, et
nommé par le S[ieu]r Nicolas Hugon assisté de d[emois]elle Marie Belliard.
R. le pelley [et] de la marque [de p.] Nicolas Hugon Marie Belliard"


Nicolas, décès, déchiffrage de l'acte des archives départmentales de la Manche, vue 40/59, registre 5 Mi 687, 1732-1733
Nicolas Le pelley, fils de Hervé Le pelley et de demoiselle Jeanne Belliard, âgé de trois ans, a été inhumé le 23 9bre 1732 par [Mtre] Le Cointre, présents M[essieu]rs Couarde et Desmurée.
Fille anonyme de Jeanne et Hervé, naissance, déchiffrage de l'acte des archives départmentales de la Manche, registre paroissial 5 Mi 687, « Baptêmes, Mariages, Sépultures, 1731-1732 » — folio coté E 44
Du 17e janvier 1731 a été baptisée une fille sortie du mariage de Maître Hervé sr de Pléville et de Jeanne Belliard sa femme, les cérémonies du baptême ayant été différées par la permission de Monsieur l'abbé de Courcy, vicaire général, conduite aux prières de l'être Charles François Clément prêtre, et de sieur Paul Vincent. Ledit enfant baptisé par Maître René Le Pelley, curé de ce lieu, pour la première et plus grande portion.
Signatures : R. Lepelley ; Ch. F. Clément.


Première fille anonyme de Marie et de Hervé, naissance, déchiffrage de l'acte des archives départementales de la Manche, vue 52 du registre 5 Mi 687 « 1736 »
« Le vingt-sept 9bre [novembre] 1736 a été ondoyée par moy Charle François Clément prêtre soussigné, une fille sortie de Maître Hervé Le Pelley, sieur de Pléville, bourgeois de cette ville, et demoiselle Françoise Le Virais son épouse, née led. jour et an, [les cérémonies du baptême] ayant été différées par permission de Monsieur l'abbé de Courcy, vicaire général dudit diocèse, le tout aux présences de Philippine Julienne [custode] de cette église et de Michel de l'Ange. Ph. Julienne. »
Signatures : Ch. F. Clément ; Michel Dange.
Deuxième fille anonyme de Marie et de Hervé, décès, déchiffrage de l'acte des archives départementales de la Manche, cote 5 Mi 687, 1740-1740, vue 13/63.
"Anonime Le Pelley, fille de feu Hervé sr de Pléville, bourgeois de Grandville, et de demoiselle Marie Le Virais, âgée de deux ans et demy, [...] décédée [...] a été inhumée ce jourd'huy dans le cimetière par moy [...], présents les srs [...] prêtre soussignés.
Signatures : Le Cailletel ; [Noudet?] prêtre »


Les Le Pelley, une fratrie décimée : les zones d'ombre d'une famille de marins
Derrière la légende de l'amiral Pléville Le Pelley se cache une fratrie ravagée par le deuil. Cinq enfants sont nés du couple Hervé Le Pelley, sieur de Pléville, et Jeanne Julienne Belliard, mariés à Granville le 4 septembre 1725. Trois n'ont pas survécu à l'enfance.
Jeanne Yvonne, l'aînée, née en août 1727, meurt à vingt-deux mois, en juin 1729. Nicolas, né en janvier 1729, la suit dans la tombe à trois ans, en novembre 1732. Leur mère, Jeanne Julienne Belliard, disparaît elle-même dans la foulée, le 22 décembre — morte, très probablement, des suites de son dernier accouchement.
Reste Jeanne Pierrette Louise, née le 11 décembre 1732, la plus mystérieuse de tous. Aucune date de décès ne lui est connue. Une source la marie à un Ganne de Beaucoudray ; aucun acte ne le confirme.
Les Mémoires de l'amiral évoquent une sœur « qui se fit religieuse » — sans dire laquelle, ni quand, ni où elle a fini sa vie. Cette femme s'efface des registres sans laisser de trace de sa mort.
Veuf, Hervé Le Pelley se remarie en novembre 1733 avec Marie Le Virais. De cette union naissent deux filles, curieusement jamais nommées dans leur propre acte de naissance ou de sépulture. L'une d'elle meurt à deux ans et demi en février 1740 — un an après son père, sans nom.
Car Hervé, lui, s'éteint le 20 avril 1739, après une décennie sans reprendre la mer. Dix années à terre, sans campagne, sans solde d'embarquement : voilà la vraie source du délabrement financier de la famille. Georges-René, pourtant, en rejette toute la faute sur sa belle-mère dans ses écrits — accusée d'avoir « dilapidé » ce qui restait du patrimoine.
Le procédé est injuste. Marie Le Virais devient le bouc émissaire commode d'un naufrage financier dont les causes sont bien plus anciennes — et qu'un fils préfère taire. Elle-même finit, lit-on, dans la misère, à l'hôpital, et qui achève de dessiner le sort d'une femme sacrifiée deux fois : dépossédée, puis effacée du récit familial.


Une mère morte en couches, deux enfants morts en bas âge, un père rongé dix ans par l'inactivité et les dettes, une demi-sœur disparue sans laisser de sépulture connue, une sœur religieuse sans visage ni date — la famille de l'amiral est une famille brisée.
Georges-René, dans ses Mémoires, ne dit presque rien de tout cela. Il glisse, il résume, il accuse une belle-mère plutôt que d'écrire le naufrage.
Ce silence n'a rien d'exceptionnel. Combien de familles de marins granvillaises, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont connu ce même effritement — pères absents ou morts jeunes, mères emportées par les grossesses, patrimoines dilapidés, mémoire familiale reconstruite après coup pour n'en garder que l'honneur ?
L'histoire des Le Pelley, sous l'uniforme de capitaine puis de l'amiral, est aussi celle-là. Nous trouvons ici peut être le choix de prendre la mer.