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Marie Le Virais seconde épouse du père
Le 18 janvier 1694, dans une maison du bourg de Granville, le curé de la paroisse baptise une fille née de François Le Virais et de sa femme Jeanne des Donétit. On lui donne deux prénoms, Marie Françoise, mais c'est le premier qui lui restera toute sa vie. Rien, sur le registre relié ce jour-là — le volume que les archives départementales de la Manche cotent aujourd'hui 5 Mi 685 — ne laisse deviner que cette enfant de bourgeois traversera le siècle, épousera deux hommes, et laissera dans les mémoires d'un amiral de la Révolution le souvenir amer d'un patrimoine dilapidé.
Dix-neuf ans plus tard, le 27 juin 1713, Marie Le Virais se marie une première fois. L'acte, retrouvé dans un autre registre de la même paroisse (5 Mi 686, vue 14), la donne pour épouse à un certain Nicolas, sieur de la Clanquière, fils d'un défunt vicomte de la Blanguerie — un titre qui, simplifié par l'usage, a longtemps survécu dans les sources familiales sous la forme d'un énigmatique « monsieur Blangnerie ». L'écriture du notaire-curé, dense et raturée, résiste encore par endroits : le patronyme exact du marié reste à confirmer sur une image de meilleure définition. Mais la filiation de la mariée, elle, ne fait plus de doute — c'est la troisième fois qu'un acte primaire la confirme.
De ce premier veuvage, on ne sait presque rien : ni sa date, ni les circonstances. Le fil se renoue vingt ans plus tard. Le 23 novembre 1733, à trente-neuf ans, Marie Le Virais se remarie — cette fois avec Hervé Le Pelley, sieur de Pléville, bourgeois de Granville et capitaine de marine, lui-même veuf depuis peu. Etrange mariage sans membre de la famille Le Pelley. Le curé, René Le Pelley, est curieusement absent ce jour là de sa paroisse.
Le 15 janvier 1737, à Granville, elle assiste comme marraine au baptême d'une petite Marie Angélique et signe de sa main, avec l'assurance d'une femme qui sait écrire : « marie Levirais ». C'est, à ce jour, la plus ancienne attestation directe et signée de sa vie commune avec Hervé.
Le couple aura deux filles, une morte à la naissance et une deuxième, née vers août 1737, dont l'acte de baptême reste introuvable mais dont la mort, le 21 février 1740 à deux ans et demi, est consignée noir sur blanc : elle y est dite fille de « feu Hervé… sr de Pléville » et de demoiselle Marie Le Virais. Curieusement, le nom de l'enfant est "anonyme".
Car Hervé, entre-temps, est mort — le 20 avril 1739, à quarante ans, dans une maison louée de la Clémentière, en la paroisse voisine de Saint-Pair. Son acte de sépulture, retrouvé dans le registre de la chapelle de Saint-Nicolas-près-Granville, ne dit pas un mot de son épouse. Marie Le Virais, veuve pour la seconde fois, disparaît alors des registres pour près de quarante ans.
Un silence de trente-huit ans
Un acte du registre 5 Mi 706, daté du 13 juillet 1777, livre la vérité sans détour : la veille, le 12 juillet, est morte à l'hôpital de Granville « dame Marie Le Virais, veuve de feu Sr Le Pelley de Pléville », âgée de quatre-vingt-quatre ans. Elle y était pensionnaire.
« Dame Marie Le Virais, veuve de feu Sr Le Pelley de Pléville, décédée d'hier, âgée de quatre-vingt-quatre ans, dans l'hôpital de cette ville où elle était pensionnaire, a été ce jourd'hui treize juillet 1777 inhumée dans cette église, pour nous soussigné curé, pour la première et plus grande portion ; témoins les Srs Le Pelley et Follain, vicaire, qui ont signé. »
L'histoire de Marie Le Virais garde ses zones d'ombre, et elles ne sont pas mineures. Il est nécessaire de comprendre pourquoi son mariage avec Hervé éloigne celui-ci de sa famille physiquement et socialement. Absence de la famille Le Pelley au mariage, anonymisation de leur enfant de 2 ans et demi, absence du couple dans la vie sociale de Granville...
Il est encore nécessaire de comprendre pourquoi cette femme, épouse puis veuve de deux hommes de qualité, a fini ses jours à l'hôpital : un dossier d'admission, s'il subsiste dans les archives hospitalières, pourrait un jour raconter cette dernière partie de sa vie que les registres paroissiaux, par nature, ne disent pas.





