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Mais où est le corps de Hervé Le Pelley ?
La question était celle-ci. Où Hervé Le Pelley, sieur de Pléville, bourgeois de Granville et capitaine de marine, père de l’amiral Georges-René Pléville Le Pelley, est-il mort, et où a-t-il été inhumé ?
Les sources imprimées ne le disaient pas, ou se contredisaient. Le registre de Saint-Pair, où le bon sens conduisait, ne donnait rien.
L’enquête depuis 2021 a franchi huit étapes. Elles sont rappelées ici dans l’ordre où elles se sont présentées. Chacune porte l’indication de ce qui est prouvé et de ce qui ne l’est que par vraisemblance : le lecteur doit pouvoir s’arrêter là où la preuve s’arrête.
Première étape — la mort de Jeanne. Le premier foyer d’Hervé Le Pelley se défait avec le décès de sa première épouse, Jeanne. C’est le point de bascule de sa vie d’homme établi : un capitaine de marine veuf, avec charge d’enfants, dans une ville où la fortune se joue en mer et où l’absence se paie.
Cette étape est établie par les volumes antérieurs de l’enquête, non par le présent registre.
Deuxième étape — le remariage avec Marie. Hervé se remarie, en 1733, avec Marie Le Virais. Un second ménage se forme, et avec lui une seconde parentèle, qui explique une partie des alliances relevées plus loin. Là encore, la pièce est extérieure à ce registre.
Troisième étape — le départ pour La Clémentière. Le foyer quitte Granville pour La Clémentière, hameau de la paroisse de Saint-Pair, à quelques kilomètres au sud de la ville. Le motif retenu par les volumes antérieurs est la maladie : on se retire à la campagne pour s’y soigner, ou pour y mourir.
Un point important y a été établi, et il faut le maintenir : les Le Pelley sont tenanciers à La Clémentière, non propriétaires. Le lieu n’est pas un bien de famille, c’est un abri.
Quatrième étape — le décès, 20 avril 1739. C’est ici que le présent registre prend le relais, et il est formel : Hervé Le Pelley est « décédé d’hier à la Clémentière, paroisse de St Pair ». La date du décès est le 20 avril 1739 ; l’âge donné est de quarante ans ou environ, soit une naissance vers 1699. L’acte ne dit rien de la cause de la mort. Il ne faut pas lui faire dire davantage : la maladie relève du contexte, non de la pièce.
Cinquième étape — l’obstacle canonique. Un homme meurt hors de sa paroisse. Il ne peut être inhumé ailleurs sans le consentement écrit du curé du lieu du décès. Ce consentement existe : il est donné le 20 avril 1739 par Me Laurent Renault, curé de Saint-Pair, et il a été déchiffré au Volume VII. Sans cette pièce, le corps restait à Saint-Pair.
Sixième étape — l’intervention de René. Le titulaire du doyenné rural de Saint-Pair, dont dépend la paroisse où Hervé vient de mourir, est René Le Pelley, curé de Granville pour la première et plus grande portion et doyen de Saint-Pair — c’est-à-dire son frère. Il est en même temps le supérieur du curé qui délivre la permission et le curé de la paroisse d’accueil. Le corps repart vers une destination non désignée dans l'acte de Saint Pair. Cette étape est une inférence, non une mention : l’acte du 21 avril ne nomme pas René Le Pelley. Mais elle est la lecture la plus économique de la configuration, et aucune autre n’en rend compte aussi simplement. Fiabilité ●●○ ; voir § 1.3 et § 6.3 du rapport.
Septième étape — le piège du ressort. Granville, ce n’est pas seulement Notre-Dame. La paroisse comporte une chapelle succursale, Saint-Nicolas-près-Granville, dite aussi Champ-Libre, dont le desservant exerce comme vicaire des curés de Granville.
Les habitants du ressort y sont baptisés, mariés et inhumés indifféremment. C’est le point développé au § 1.2, et c’est celui qui commande toute l’enquête : dans ce ressort, le lieu du décès ne commande pas le lieu de l’acte. Une recherche menée à Saint-Pair ne pouvait aboutir !
Huitième étape — la trouvaille. L’acte de sépulture d’Hervé Le Pelley se lit au folio 245, vue 267/313, à la date du 21 avril 1739. Il est intégralement lisible et ne comporte aucune restitution. Il est transcrit et commenté au § 6.2. La question posée au départ est close.
Ce que dit le lieu. Reste un dernier élément, qui n’est pas administratif. Saint-Nicolas n’est pas un pis-aller : la chapelle se trouve dans le fief tenu par les Le Pelley, à côté du manoir de Pierre Le Pelley, le grand armateur, l’aïeul dont la mémoire sert de repère à l’ensemble de la parentèle. Ramener Hervé à Saint-Nicolas, ce n’est pas seulement lui donner une sépulture disponible : c’est le rendre au sol de la famille. Cette lecture repose sur les volumes consacrés au fief et au manoir, non sur le registre lui-même, qui est muet sur ce point comme sur tout le reste.
Note importante :
Le rapport complet d'enquête sur cette année clé 1739 est disponible gratuitement sur demande en précisant la référence Enquête archive Saint Nicolas Le Manoir 1739 à olivier.legrand@sutterfield.fr





