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Madame Veuve Du Parc Couraye — qui était-elle ?
Madame Veuve Du Parc Couraye représente un type de femme d'affaires bien réel dans le Granville du 18ème siècle : héritière d'un empire maritime constitué sur plusieurs générations, elle ne se contenta pas de conserver le patrimoine familial mais participa activement aux armements, vit sa fortune tripler en dix ans, et maintint vivante une maison d'armement qui porta la famille jusqu'à l'anoblissement. Son nom dans les rôles d'équipage officiels n'est pas une formalité administrative : c'est la marque d'une femme pleinement reconnue comme actrice économique majeure de son port.
Madame Veuve Du Parc Couraye — femme d'affaires et figure de Granville
Qui est-elle exactement ?
Il faut distinguer deux veuves Couraye du Parc qui ont toutes deux joué un rôle d'armateur à Granville au 18ème siècle :
1. Françoise Le Virais, veuve de Thomas Couraye du Parc (mort en 1740) — c'est elle qui apparaît sur le rôle d'équipage du Comte de Torigny de 1741. C'est la tante par alliance de Léonor Couraye du Parc.
2. Suzanne Françoise Raciquot, veuve de Léonor-François Couraye du Parc (mort en 1754) — qui prit ensuite la tête des armements de la branche principale de la famille.
Les deux femmes se sont succédé à la tête des affaires familiales, formant un exemple exceptionnel de continuité féminine dans le négoce maritime granvillais.
Une fortune qui s'enrichit spectaculairement
Les archives fiscales de Granville révèlent une trajectoire remarquable. Entre 1741 et 1751, la veuve de Thomas Couraye du Parc vit sa cote d'imposition passer de 30 à 100 livres — un bond spectaculaire de plus de trois fois en dix ans — tandis que son fils Léonor atteignait déjà 70 livres après seulement six années d'activité. Cette progression montre qu'elle ne gérait pas passivement un héritage : elle investissait activement, très vraisemblablement en achetant des participations dans les armements corsaires qui rapportaient alors des fortunes.
Une véritable cheffe d'entreprise
Dans les rôles d'armement de 1754 et 1755, les armateurs les plus entreprenants de Granville se détachent nettement des autres : parmi eux figurent, aux côtés de Messieurs Bretel, Couraye du Parc, Le Chevallier, Leboucher, Quinette de la Hogue et Teurterie des Cerisiers, les veuves Couraye du Parc, Ganne et Scellier du Taillis. Les femmes de cette famille ne sont donc pas de simples héritières passives : elles figurent officiellement parmi les armateurs les plus actifs de la ville.
Le bilan de la veuve de Léonor est particulièrement éloquent. Pendant ses dix années d'activité, son mari Léonor Couraye du Parc avait effectué 36 armements (6 pour la course et 30 pour la pêche morutière à Terre-Neuve). Après son décès, sa veuve et son fils armèrent 21 armements de 1755 à 1776, soit sur 12 ans. En réalité, c'est surtout la mère qui continua les affaires, car le fils délaissa l'activité d'armateur pour lui préférer une charge de vicomte.
Le contexte des veuves d'armateurs dans les ports normands
Ce phénomène n'était pas exceptionnel : il s'inscrivait dans une pratique bien établie des ports de pêche. Les registres tenus par l'administration maritime pour surveiller les navires — les rôles d'équipage — révèlent la place des veuves au sein de la catégorie des propriétaires-armateurs. Commerçantes et entreprenantes, les habitantes du littoral l'étaient au service d'activités comme le négoce ou l'armement.
Un certain nombre de ces dames armateurs étaient des veuves prenant la succession de leurs époux — le métier faisant les hommes souvent mourir jeunes — mais il y avait aussi des femmes qui faisaient le métier pour de bon.
Leur rôle dans l'ascension sociale et l'anoblissement de la famille
La continuité assurée par les veuves fut décisive pour la trajectoire sociale de la famille Couraye du Parc. En 1776, François Léonor Couraye du Parc fonda sa demande d'anoblissement non pas sur ses propres exploits, mais sur le mérite des armements de son père, leur importance, les dépenses et les revenus, et surtout les avantages que le Gouvernement en avait tirés. Ces résultats avaient été maintenus et amplifiés grâce au travail de sa mère pendant les décennies précédentes.
La famille fut finalement anoblie en 1778, devenant une famille subsistante de la noblesse française comptant parmi ses membres des capitaines corsaires, des armateurs et négociants, des magistrats et un maire de Granville.

