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Travaux de recherche

Reconstruction de la route du Taurigny en 1739

La route du Taurigny de Granville à Gaspé — avril/mai 1739

Le Comte de Taurigny de Granville en 1739 à Saint Malo.png

Étape 1 — Granville → Saint-Malo ou l'Île de Ré (chargement du sel)

Avant même de prendre le large, le Taurigny devait impérativement charger son sel. Les morutiers granvillais allaient prendre leur sel à l'Île de Ré pour saler le poisson sur le banc. Pour ceux qui faisaient la pêche sur la côte de Gaspésie, ils allaient prendre leur sel à Saint-Malo lorsqu'il n'y en avait point à Granville.

Le Taurigny partait donc vers le sud-est le long de la côte normande et bretonne — un court voyage côtier de quelques jours — avant de virer à l'ouest pour l'Atlantique. Pas question de descendre jusqu'au Portugal : l'escale de sel était à Saint-Malo ou à l'Île de Ré, à deux ou trois jours de navigation au plus.

Étape 2 — La sortie de la Manche et le golfe de Gascogne

Chargé de sel, d'équipement de pêche, de vivres pour plusieurs mois et de quelques passagers pour Gaspé, le Taurigny franchissait le Raz de Sein ou passait à l'ouest d'Ouessant — le fameux « bout du monde » breton — pour entrer dans le golfe de Gascogne.

C'est la première épreuve. Le golfe de Gascogne est réputé pour ses coups de vent brutaux et ses vagues courtes et violentes. Au mois d'avril, les dépressions atlantiques peuvent encore être féroces. Le capitaine Caillouët connaissait ces eaux par cœur : il fallait soit longer les côtes espagnoles pour se protéger, soit foncer plein ouest pour s'en éloigner au plus vite et trouver du vent portant.

Le Comte de Torigny de Granville en en 1739 au large de Ouessant.png
Le Comte de Torigny de Granville en 1745 en pêche a Terre Neuve Arrière.png

Étape 3 — La traversée atlantique : la route du nord

Une fois sorti du golfe de Gascogne, le Taurigny mettait le cap nord-ouest, exploitant les vents d'ouest dominants aux latitudes de 45 à 50 degrés nord. C'est la grande différence avec la route des Antilles, qui descend vers le sud pour attraper les alizés tropicaux.

La route des morutiers vers Gaspé longeait approximativement le 47e parallèle — la latitude de Saint-Malo — en traversant l'Atlantique sur environ 2 800 milles nautiques. Les Açores se trouvent à 38-39° nord, soit sensiblement plus au sud que cette route. Le Taurigny ne les voyait donc probablement pas, sauf par gros temps où le capitaine pouvait choisir de dévier vers le sud pour contourner une dépression.

Étape 4 — Le banc de Terre-Neuve et le détroit de Cabot

Après quatre à six semaines de mer, les premiers signes de la proximité des Terres-Neuves apparaissaient : en approchant des côtes de Terre-Neuve, il fallait naviguer à vue jour et nuit pour éviter les magnifiques icebergs, quelques fois plus impressionnants que le Mont-Saint-Michel lui-même par leurs tailles et leurs dimensions.

En avril, les icebergs dérivaient encore vers le sud depuis le Labrador — un danger réel que Caillouët et ses matelots savaient lire. Les grands bancs de brume épaisse au-dessus des bancs de pêche ajoutaient à la difficulté.

Le Taurigny passait ensuite par le détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et le Cap-Breton, pour entrer dans le golfe du Saint-Laurent — une navigation délicate, parsemée d'îlots et de courants traîtres — avant de remonter vers le nord-ouest jusqu'à la baie de Gaspé.

Le Maître sur le Comte du Torigny en 1739 à l'approche de Terre Neuve.png
Le Comte de Torigny de Granville en 1739 Carte de navigation en 1739 de Granville jusqu'à

Étape 5 — L'arrivée à Gaspé

Un morutier parti de Granville le 6 mars 1755 pour les Bancs avec arrêt à Gaspé n'arriva à Gaspé que le 18 mai 1755, soit après 73 jours de traversée en comptant son arrêt pour le sel.

Pour le Taurigny parti en avril 1739, la traversée était probablement un peu plus courte — entre 45 et 60 jours selon les vents — aboutissant à une arrivée en mai ou juin à Gaspé.

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