Premier voyage en Terre-Neuve
En avril 1739, à peine âgé de treize ans, Georges-René Pléville Le Pelley embarque comme volontaire sur Le Taurigny, un navire armé par Duparc Couray et commandé par le capitaine Caillouet, tous deux parents éloignés. Destination : Gaspé, en Terre-Neuve, pour y participer à la pêche de la morue sèche.
Dès le départ, il est traité comme un simple mousse, bien que son statut officiel soit celui de volontaire. Les tâches qui lui sont confiées, loin de correspondre à sa condition, le confrontent à la réalité brutale de la vie en mer. Il doit servir en chambre, monter aux voiles, et participer à la construction des cabanes en bois, une activité appelée boissellerie. Une fois à terre, il est affecté à des fonctions aussi humbles qu’épuisantes : second cuisinier chargé de préparer le baba, une soupe traditionnelle, puis ouvrier sur les chafauds, où il doit lever la morue, c’est-à-dire retirer les poissons des tas accumulés par les pêcheurs.


La pêche à la morue
Parfois enfoui jusqu’à la ceinture dans ces amas, il doit également laver les morues salées dès l’aube, souvent jeté endormi dans le lavoir, une bassine d’eau glacée.
Malgré ces épreuves, il fait preuve d’une résilience remarquable, refusant toute punition et gagnant le respect de ses surveillants. À la fin de la campagne, alors que le navire regagne Granville après une escale à La Rochelle, ses parents tentent une nouvelle fois de l’orienter vers l’Église. Sa réponse, sans appel, scelle son destin : « La mer, rien d’autre. »